Le vieillissement de la main-d’œuvre exige une modernisation des pratiques de gestion et d’ergonomie
- Nathalie Thibault

- il y a 6 heures
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Le vieillissement de la main-d’œuvre transforme progressivement le secteur de l’entretien sanitaire et hospitalier. Une revue systématique récente publiée dans Frontiers in Public Health s’est spécifiquement intéressée aux troubles musculosquelettiques (TMS) chez les préposés à l’entretien hospitalier âgés de 50 ans et plus. Nous vous offrons ici un résumé.
Cette analyse, basée sur 11 études internationales, met en lumière une réalité préoccupante, mais surtout modifiable par une gestion adaptée, une meilleure organisation du travail et des pratiques ergonomiques appropriées.
Une prévalence élevée des troubles musculosquelettiques chez les travailleurs de l’entretien

Chez les travailleurs de 50 ans et plus, la prévalence des troubles musculosquelettiques varie entre 49,1 % et 68,96 %, selon les périodes d’évaluation (7 jours ou 12 mois).
Les régions corporelles les plus touchées sont :
• le bas du dos
• le haut du dos
• les épaules
• les genoux.
Ces résultats sont cohérents avec les données internationales sur les TMS dans les métiers physiquement exigeants, notamment dans les secteurs de l’entretien ménager et de l’entretien hospitalier.
Toutefois, l’article souligne que l’âge en soi n’explique pas à lui seul le risque accru de TMS. Les auteurs observent que les résultats sont parfois contradictoires : certaines études montrent une augmentation du risque avec l’âge, tandis que d’autres suggèrent un effet protecteur lié à l’expérience professionnelle. Ce phénomène peut être partiellement attribué à l’« effet travailleur sain », où les individus les plus fragilisés quittent plus tôt le marché du travail.
Les exigences physiques du nettoyage hospitalier
Le nettoyage hospitalier comporte des contraintes spécifiques. Les préposés à l’entretien doivent notamment effectuer :
• la manipulation de tables opératoires et de chariots
• le nettoyage de planchers
• la manutention de déchets
• des postures penchées répétitives
• un travail prolongé debout.
Les tâches les plus exigeantes, notamment le lavage de planchers et la manipulation d’équipements volumineux, imposent des charges biomécaniques importantes.
Les auteurs classent les tâches en cinq grandes catégories :
• nettoyage de surfaces et outils
• travail autour du patient
• entretien des planchers
• manutention et déplacement d’objets.
Les postures contraignantes, les mouvements répétitifs et la manutention de charges figurent parmi les principaux déterminants du risque de TMS chez les travailleurs de l’entretien.
Facteurs individuels et psychosociaux
Outre les contraintes physiques, plusieurs facteurs individuels et psychosociaux influencent la survenue des TMS :
• déclin physiologique lié à l’âge
• diminution de la force musculaire
• temps de repos insuffisant
• stress professionnel
• postures inadéquates
L’étude met en évidence une relation entre manque de récupération et augmentation du risque de TMS, suggérant un effet dose-réponse entre fatigue cumulative et douleurs.
Le stress professionnel joue également un rôle significatif. Les environnements hospitaliers sont caractérisés par :
• un rythme de travail soutenu
• des horaires irréguliers
• un niveau parfois faible de reconnaissance sociale du travail effectué.
Rôle central de l’organisation et de la technologie
L’un des apports majeurs de cette revue est l’intégration du modèle « Person–Environment Fit ». Selon ce cadre conceptuel, les TMS surviennent lorsque les exigences du travail dépassent les capacités individuelles dans un environnement organisationnel inadéquat.
Les facteurs organisationnels identifiés comprennent :
• une faible autonomie au travail
• un déséquilibre effort–récompense
• une communication insuffisante
• un manque de formation ergonomique
• des tâches prolongées sans rotation
À l’inverse, des conditions organisationnelles positives sont associées à une meilleure santé musculosquelettique.
Les facteurs technologiques sont également déterminants. L’amélioration des équipements (manches ajustables, bacs ergonomiques, aides mécaniques) permet de réduire les postures extrêmes et les charges excessives. La formation ergonomique structurée et la supervision adéquate sont identifiées comme des leviers efficaces pour prévenir les TMS dans les équipes d’entretien.
Adapter les pratiques pour une main-d’œuvre vieillissante
Les auteurs concluent que le maintien en emploi durable des travailleurs expérimentés nécessite une adaptation des tâches et des environnements de travail. Le vieillissement de la main-d’œuvre dans le secteur de l’entretien ne doit pas être perçu comme un problème individuel, mais comme un signal organisationnel : les systèmes de travail peuvent évoluer.
Pour les entreprises d’entretien ménager, cela implique :
• la rotation des tâches lourdes
• la planification stratégique des pauses
• l’investissement en équipements ergonomiques
• la formation continue en manutention et posture
• l’amélioration de la communication gestion–terrain
La modernisation des pratiques de gestion et d’ergonomie apparaît ainsi non seulement comme une mesure de prévention des TMS, mais comme une stratégie de performance durable.
Le message scientifique est clair : l’enjeu n’est pas l’âge des travailleurs, mais l’ajustement intelligent entre les exigences du travail et les capacités humaines. Ces travailleurs expérimentés, vous en avez besoin dans vos entreprises !
Source : Musculoskeletal Disorders Among Hospital Cleaning Workers Aged 50 and Over: A Systematic Review. Frontiers in Public Health, 2025. DOI : 10.3389/fpubh.2025.1711097





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