L’abus de la désinfection! Quand le zèle est aussi néfaste que la négligence

D’entrée de jeu, il importe que je vous dise, chers lecteurs, que je suis tout à fait POUR la désinfection. Je suis microbiologiste et j’élabore depuis plusieurs années des formations portant sur l’hygiène et la salubrité et la désinfection. J’ai donc un parti pris favorable pour tout ce qui a trait à la désinfection. Cependant, je milite pour une désinfection réfléchie et l'utilisation judicieuse de nos armes de combat. Il est inutile d’utiliser un bazooka pour tuer une mouche. Pour la COVID-19, nous devons prendre en considération l’évolution des découvertes scientifiques, nous rendre à l'évidence et modifier nos préceptes; ce n'est pas la désinfection des surfaces qui fera une différence sur la transmission du virus.

Au tout début de la pandémie, nous avons cru fermement que la COVID-19 pouvait se transmettre par les surfaces. Il était légitime et tout à fait sensé et raisonnable, à cet instant, d’adhérer à cette croyance. C'était également LA position préventive la plus répandue dans le monde pour s’assurer de limiter la transmission d'une infection jusqu'alors inconnue.


Plus les mois avancent, plus les études s’accumulent sur le temps de survie de la COVID-19 sur les surfaces. Trois heures, 12 heures, 3 jours, j’ai même vu jusqu’à 17 jours sur les surfaces! Or, le temps de survie d'un germe sur une surface ne veut pas nécessairement dire qu'il est encore infectieux.


Depuis 2-3 mois, on se rend compte que la COVID-19 se transmet davantage par gouttelettes, par contacts rapprochés et même probablement par les aérosols qui resteraient en suspension dans l'air. Actuellement, il y a seulement quelques études de cas qui signalent une probable transmission par une surface fraîchement contaminée, mais cela demeure difficile à prouver de façon définitive car il est impossible d’exclure la transmission respiratoire. Les rapports démontrent que l'hygiène des mains constitue une barrière à la transmission du virus plus efficace que la désinfection des surfaces.


Il y a à peine deux semaines, le CDC aux États-Unis a publié une mise à jour très claire sur la transmission de la COVID-19 par les surfaces : ce virus se transmet très peu par les surfaces, le risque de contracter la COVID-19 sur un objet et d’être contaminé est très faible. Ils avancent même la probabilité d’une chance sur 10 000.


Extrait traduit :

Les résultats de ces études suggèrent que le risque d'infection par le SRAS-CoV-2 via la voie de transmission par fomite est faible, et généralement inférieur à 1 sur 10 000, ce qui signifie que chaque contact avec une surface contaminée a moins de 1 chance sur 10 000 de provoquer une infection.

Pour l'instant, aucune instance officielle provinciale ou nationale que ce soit la Santé publique ou la CNESST ne s’est encore prononcée ou n’a reculée sur les recommandations par rapport à la désinfection (fréquence et listes d’objets à désinfecter).


À la lumière de ces informations, pourquoi la désinfection des surfaces est-elle aussi exagérée?


La désinfection des surfaces est efficace et recommandée pour prévenir l’infection si vous vivez dans la même maison qu’une personne ayant contractée la COVID-19, mais la désinfection d’endroits publics intérieurs et extérieurs ne semblent pas autant efficace.


Il importe de souligner que des études démontrent que l'utilisation intensive de produits désinfectants a déjà provoqué une augmentation significatives des problèmes respiratoires tel que l'asthme dans la population. Il y a également beaucoup plus d'accidents d’intoxications aux produits chimiques de désinfection comme le rapporte une hausse des appels aux centres antipoison.


D'un autre côté, la désinfection comporte un avantage majeur. En effet, en éliminant toutes les autres infections qui se transmettent par les surfaces telles que le rhume, la grippe, la gastro-entérite et compagnie, on facilite l'identification des gens qui sont infectés par la COVID-19 puisque pratiquement aucune autre infection ne circule actuellement. Maintenant tellement ancrée dans nos habitudes de vie, la désinfection est intimement liée à la sécurité des environnements publics et elle sera dorénavant exigée et hautement estimée par la population. La désinfection doit absolument être maintenue et s’inscrire dans un programme d’hygiène et salubrité non seulement pour ses effets sur la santé publique mais aussi pour sa contribution à apaiser les inquiétudes des gens.


Bref, sans arrêter la désinfection, le temps est venu de réviser vos habitudes de désinfection, car désinfecter à outrance peut vous coûter très cher...Je ne vous incite pas à baisser la garde, je vous invite à changer d’armes de combat. Nous avons une expression populaire qui illustre bien la situation actuelle : « Trop c’est comme pas assez! » Autrement dit, le zèle peut être aussi néfaste que la négligence. Commencez par vérifier si vous désinfectez trop, suffisamment ou pas assez. Évaluez les risques reliés à votre environnement et ajustez vos fréquences de désinfection en conséquence tout en respectant les normes en vigueur dans votre province.


Tel que mentionné plus haut, je fais la promotion de la désinfection juste et réfléchie. N’allez surtout pas éliminer cette étape de vos protocoles. Le message que je tente de communiquer est qu’il ne faut pas s’interdire de changer d’idée par peur de paraître désorienté, comme il ne faut pas non plus faire comme tout le monde uniquement pour se conformer. Si je change d’idée et que j’ajuste mon discours, ce n’est pas parce que je suis une girouette, c’est simplement parce que je m’informe, je reste à jour dans mes connaissances et je prends des décisions réfléchies. C’est ce que je vous invite à faire également pour adapter vos protocoles de désinfection à votre propre situation! Si vous avez besoin d’aide, les experts de ValkarTech sont toujours là pour vous aider.